Il marche, je marche, nous marchons... Marche, marche, marche et rêve ; élève-toi, lève-toi et marche; lévite au-dessus de tes pensées vagabondes...
D'en haut, regarde le bas. Le chemin roule, la Terre tourne. Goudron, sable ou gravier. Seul dans ma tête. Ma tête est haute et mes pieds chauffent.
Seul.
Les yeux scrutent l'horizon incertain, le point d'interrogation accompagne le soleil. Les croix défilent derrière les barbelés qui suivent les murets et guident nos pas. Traits rouges, traits blancs... A gauche, à droite, tout droit, on monte et on descend... croix de fer, croix de trop, si j'ai soif j'vais au bistrot.
Toits de lauzes ici, murs de pierres là, fleurs partout; jaunes et hautes, blanches et basses. Senteurs, odeurs, fragrances.
"Bonjour, d'où venez-vous?", "Bonsoir, où allez-vous?". On vient de... et là-bas, on va... On croise, on double, on monte et on descend, on part vers St Jacques, on court vers l'hypothétique point d'exclamation. Seul le futur est mon royaume.
Pont de pierre, ruisseau d'argent, église rouge, sculptures grèges. Nuages, bruines et brouillards. La brume cotonneuse nous couvre de son humide et grise pèlerine. Les ombres glissent qui accompagnent fantômes et ectoplasmes. Brouillard...une croix famélique troue le présent et devient passé. Le futur est caché dans les branches. Les vaches blondes au regard langoureux regardent passer le train des bipèdes, les fourmis cherchent leur chemin, les moutons partent et se suivent. Pèlerins...
Chemin de foi pour certains, chemin de croix pour d'autres, chemin d'évasion enfin, pour la majorité.
Le sac au dos et les godasses vissées aux pieds, casquette humide, tee-shirt trempé, on marche, on marche et on rêve; marche et rêve, marche et rêve. On est deux, on est dix, qu'importe, on est seul.
Le ciel se craquelle et se déchire; les nuages fondent, le rideau s'ouvre; le bleu envahit l'Espace et le soleil nous dit 'Bonjour'.